mercredi 21 juin 2017

6 semaines

La séance prévue ce soir était punitive. Dans le monde de soumission et domination dans lequel j’évolue, certains moments partagés sont strictement punitifs. Durs, justes, et punitifs. J’entends par là que malgré mon bon vouloir, j’ai adopté un très mauvais comportement dont la nature concerne une dimension de ma vie pour laquelle j’ai demandé à mon Maître d’exercer du contrôle. 

La correction, c’est des tapes d’une intensité parfaitement mesurée pour que la douleur se mêle jusqu’à s’y méprendre au plaisir. La correction, c’est lorsque coquine et joueuse, je montre à mon Maître un nouveau joujou que j’ai acheté et qui lui permettra de me tourmenter. C’est également lorsque je me scrute fièrement devant un miroir, en espérant voir apparaître des souvenirs de ce moment précieux, ou en souhaitant que celles qui s’y trouvent restent longtemps. 

La punition, ça fait mal. Ça fait mal dedans, ça fait mal dehors. Dedans, parce que petite soumise sait qu’elle a fauté, qu’elle a réellement déçu son Maître, quelle a fait déshonneur à son éducation et qu’ainsi, elle a fait du tort autant à Lui qu’à elle, qu’à la relation. La punition ne se termine pas par un orgasme. Elle se termine par la punition. La punition n’a que faire que cette zone-ci ou que celle-là soit plus sensible, trop sensible. La punition n’entend pas les larmes, l’imploration, la contrition. La punition est dure, juste, et punitive. Ni plus, ni moins. 

J’ai suggéré moi-même de restreindre mes mouvements à l’aide de barres pour les jambes et pour les bras. Moins de mouvements, plus de sécurité, moins d’échappatoires. Pas parce que ça fait mouiller la chatte, la restriction de mouvements. Ça fait mouiller la chatte, certes. Mais ici ce n’est pas le but recherché. C’est au plus un dommage collatéral sur lequel je n’ai pas de contrôle. Je me suis restreinte moi-même, après l’avoir suggéré à Maître. C’était une façon pour moi de participer à ma punition. Il ne lui resterait qu’à me l’administrer. 

J’aurais dû m’assouplir le petit trou. J’ai la permission. J’hésite toujours néanmoins, parce que j’aime la morsure d’une sodomie brutale. Mais cette fois, j’aurais dû l’assouplir. J’ai crié. Beaucoup. Fort. Je ne crie pas normalement, je n’ai pas le droit, et j’ai appris à relativement bien me maîtriser. Pas cette fois. J’ai crié. J’ai hyper ventilé. J’ai pensé que j’allais perdre connaissance. Ç’a duré longtemps, la morsure. On aurait dit qu’il y avait du venin. 

J’ai été punie pour ne pas avoir fait le suivi de mes finances pendant six semaines, me causant des difficultés financières qui m’ont généré des crises d’anxiété. Les finances sont mon talon d’Achille. Après 5 ans de relation, cet automne, j’ai finalement demandé à Maître de m’aider à cet égard. La séance qui s’en était suivie avait été dure. Avec promesse que la suivante à ce sujet serait sans merci, si dérive il y avait. Il avait dit juste. 

La punition s’est déroulée en 6 actes, pour six semaines de dérive. Une semaine comportant sept jours, chaque jour me valait 10 coups. Sur la plante des pieds par exemple, avec une fine badine. Ou sur les mamelons, avec le bout dur de la cravache. Le tout entrecoupé par la voix de mon Maître : « la punition est grave et sévère, à l’image de la faute, vous le savez ça n’est-ce pas chienne ? Mordez dans l’oreiller. Voilà, vous voyez quand vous voulez. Ça achève. Comme cela, c’est bien, il n’en reste plus pour très longtemps. Plus que deux semaines. ». 

Six semaines. 6 x 7 x 10. Enfin, presque. Le septième jour, c’était repos. J’avais la permission d’engloutir son sexe, 10 fois. Bien compter. Du repos. 10 fois. Pas davantage. La sodomie également, plus tard, quand mon anus se fut remis de son assaut d’origine. Pour me reposer. Dix coups droits au plus profond de mes entrailles. Loin. Fort. Que je sentais jusque dans mon bas ventre. Oui, ça me reposait, me permettait de reprendre mon souffle. 

Êtes-vous toujours là ? Avez-vous déjà été puni.e.s ? Êtes-vous horrifié.e.s ? Êtes-vous mouillé.e.s ? Bandé.e.s ? Stupéfait.e.s ? 

J’avais hâte d’être punie. J’ai toujours hâte d’être punie. J’aurai encore hâte d’être punie. Pas comme dans ihhhhhhh hourra, une punition ! Oh non, que non. C’est une fébrilité calme, positivement résignée. Lucide. Je chéris ces moments comme les autres, parce qu’ils ont une résonnance particulière. Ils nous rappellent à tous les deux le socle de notre relation. La nature de celle-ci. Là où nous avons consenti à ce qu’elle aille. Ils sont difficiles, mais nécessaires. Fondateurs. Unificateurs. Purificateurs.

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- Vous avez dit ce soir à un moment pendant la séance que nous n’aimiez pas me punir, Maître. En quel sens dites-vous cela ? Parce que cela signifie que j’ai désobéi ? Vous prenez tout de même du plaisir à me punir si cela est juste et nécessaire j’espère Maître ! 

- Il y a corriger et punir. Là, c’était une vraie punition. 

- Cela ne vous excite pas de le faire, lorsque c’est mérité ? Vous vous contraignez à le faire par devoir ? Si c’est le cas, ma faute est double en fait, parce que non seulement j’ai désobéi, mais en plus je fais obstacle à votre plaisir ! 

- Je le fais par devoir avant tout. Je n’ai pas envie de vous blesser, or c’est dans les vraies punitions que les risques que cela se produise augmentent. 

- Je comprends votre préoccupation, mais avec retenue et discernement, ne pensez-vous pas qu’éviter les blessures soit tout à fait possible ? Même lorsqu’il s’agit d’une vraie punition, ma sécurité physique passe toujours avant tout le reste. 

- Évidemment 

- Peut-être alors que votre plaisir est affecté parce que votre vigilance est à son plus haut niveau? 

- Le plaisir est limité par le fait de punir pour punir. Ce n’est jamais une partie de plaisir pour un Maître de punir, mais un acte nécessaire. 

- Dans le sens que vous préférez me donner du plaisir, quand je le mérite ? 

- Mais bien sûr. Punir par jeu est plus agréable. Punir parce qu’il le faut n’est agréable pour aucun Maître digne de ce nom. Outre des blessures possibles, un Maître préférera toujours récompenser que punir, sauf s’il est réellement sadique et qu’il tape pour taper. 

- Je ne savais pas, je croyais que cela satisfaisait la partie sadique du Maître, justement.

-On peut l’être par jeu oui, c’est certain, et c’est différent. 

- Dans le fond, c’est pareil que moi qui ne prends pas vraiment de plaisir par la douleur aux réelles punitions ; je prends du plaisir, mais il se situe ailleurs, contrairement à la douleur masochiste que je reçois par jeu, qui elle est jouissive. 

- Une soumise pour un Maître est un investissement. Je ne connais personne qui aime prendre le risque de briser son investissement ou de le mettre à mal. Du moins, c’est ainsi que j’ai appris. Sois ferme, dur, mais juste. Après bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas des Maîtres qui tapent pour taper, il y en a bien sûr. Mais ce n’est pas ainsi que j’exerce ma domination. 

- Merci Maître, j’ai appris quelque chose d’important ce soir, je vais me souvenir. 

- Quoi donc ? 

- Que vous ne prenez pas de plaisir à me punir. Que vous le faites par responsabilité. Je l’apprécie donc d’autant plus, parce que cela demeure important et nécessaire. Mais aussi, ça m’incitera à faire encore plus attention, même si je ne cherche jamais sciemment à être punie. Je ne savais pas que de devoir me punir ici nuisait à votre plaisir, alors que l’on est tous les deux d’accord pour que celui-ci soit prioritaire. Je prends mon plaisir en vous offrant le vôtre. 

- La frontière est fine entre voir une soumise comme un investissement ou réellement voir celle-ci comme un objet. Il faut toujours faire attention de ne pas la perdre de vue. 


- Merci Maître de m’enseigner. Merci de me punir. Merci de me corriger. Merci d’être mon allié. 




samedi 11 février 2017

Appartenir en contexte polyamoureux


Le lancement de ce blog et la diffusion à laquelle je me suis livrée de celui-ci a eu un effet bienvenu mais non escompté, quoiqu’il fût sans doute prévisible. Plusieurs d’entre vous, chères lectrices et lecteurs, êtes venu.e.s m’aborder en privé et me raconter vos histoires, votre fascination, vos explorations ou encore vos balbutiements dans ce sentier pour lequel il n’existe pas d’indications claires et universelles. Parmi les interrogations que vous m’avez le plus souvent adressées se trouve celle-ci : comment marier BDSM, soumission et polyamour ? 

Bien que la question se pose qu’importe la position que l’on occupe dans une dynamique BDSM, je pense que celle-ci est sans doute d’autant plus pertinente pour les soumis et les soumises qui peuvent faire office, à tout le moins dans l’imaginaire collectif, de propriété à usage exclusif. D’après mon expérience et les moult conversations que j’ai eues tout au long de mes quinze années d’expérience, j’ai effectivement constaté que plusieurs dominants et dominantes veulent exercer un ou des privilèges. L’érotisation de la chosification peut également entraîner un rapport de possédeur.e possédé.e.

Comment donc éviter ce piège lorsque nous sommes à la recherche d’un Maître ou d’une Maîtresse pour découvrir les sentiers clairs obscurs du monde BDSM ? D’abord par une transparence viscérale. Une personne soumise n’a pas de secrets pour celui ou celle qui la dominera, et il est bien d’embrasser ce ton dès l’aurore de la relation ou des échanges qui lui sont préalables. À la fois par expérience et par éducation, je conseille d’être d’une authenticité sans faille dès les prémisses de la relation, ce qui ne veut pas dire de ne pas exercer son jugement dans la nature des informations transmises – n’allez pas donner votre code bancaire au premier venu ! En adoptant cette attitude en face de son aspirant.e partenaire, vous lui envoyez le message que vous ne jouez pas de jeu avec lui ou elle et que vous êtes disposé.e à l’outiller pour qu’il soit à même de grandir dans sa nature dominante. Vous vous assurez également de ne pas camoufler d’informations ou de besoins qui tôt ou tard émergeraient, faute d’être entendus ou comblés, nuiraient à votre épanouissement réciproque. En communiquant avec votre aspirant de la même façon – et peut-être même davantage – que vous le faites avec tous vos partenaires, vous obtiendrez rapidement une rétroaction de sa part qui vous aiguillera dans vos compatibilités. 

Peut-être était-il un dominant mono par défaut, par le même procédé social construit mononormatif qui affecte de nombreuses relations. Peut-être demeurera-t-il monogame, ou peut-être pourrez-vous trouver des arrangements qui satisfont à la fois un désir d’exclusivité et de liberté relationnelle. Par exemple, certains peuvent se sentir confortables que leur partenaire aient d’autres amoureux.ses ou amant.e.s mais souhaitent être les seuls avec qui se produit une dynamique d’échange de pouvoir. Peut-être plus simplement sera-t-il directement compréhensif et accueillant, pratiquant lui-même des relations non-monogames et n’exigera aucune forme d’exclusivité. 

La solution s’est mise en place naturellement avec mon Maître. Il conserve tous les droits sur mon corps, sur mes jouissances, et sur mes masturbations en sa présence ou non. Ce qui relève de la sexualité avec mon amoureuse m’appartient cependant totalement. Dit autrement, Maître était le premier à trouver qu’il était sain que ses droits soient limités là où ils pouvaient mettre en péril mon épanouissement ou celle de mes partenaires dans une relation amoureuse externe. Je mentirais si je disais que de ma perspective, cette réflexion et son issue allaient de soi. Que ma sexualité et toutes ses manifestations lui soient entièrement réservées était un idéal puissant, un désir profond, de ceux que j’aurais tant souhaité matérialiser. La soumise que je suis éprouvait beaucoup de difficulté à départager le désir profond d’appartenir en exclusivité à mon Maître, et le besoin de femme qui m’habitait d’équilibrer ma vie sentimentale, puisque ma relation avec mon Maître n’est pas une relation domestique et que nous n’avons pas loisir de partager ensemble nos nuits et jours, physiquement, au quotidien. Mais encore une fois, vivre dans la réalité exige parfois de lâcher prise sur certains fantasmes, pour que l’expérience vécue soit viable et durable.  Il va sans dire que l’accompagnement de mon Maître dans cette réflexion a été important et m’a aidée à entendre raison, lui pour qui il était naturel et logique que nous nous arrangions ainsi.  Ainsi avons-nous trouvé une entente qui nous semble équitable pour tout le monde, et j’ai depuis le moment où cette réflexion a eu lieu trouvé une amoureuse remarquable qui respecte mon besoin de soumission et me chérit dans toute ma complexité. Elle et mon Maître ont d’ailleurs fait connaissance et se respectent mutuellement, il nous arrive d’ailleurs de partager certains moments amicaux tous ensemble.

Et vous, quelle sera votre zone d’équilibre ? Vous êtes réciproquement responsables des termes contractuels, si je puis dire, sur lesquelles repose le fondement même de votre relation. Ne sous-estimez pas votre rôle à cette étape cruciale. La confiance est un ingrédient indispensable à la progression du lien qui vous unit et à l’érection de cette symbiose absolument renversante qui se produira à terme. Nulle place pour les non-dits et la trahison par omission dans ce parcours : votre lien n’y survivrait pas. 

En un mot comme en mille : se connaître soi-même, savoir nommer, et partager le fruit de cette maturité à soi avec celui ou celle qui nous verra bientôt sans masque aucun. Voilà la seule recette pour des relations BDSM épanouies, qu’elles soient uniques ou plurielles.  




mercredi 11 janvier 2017

Genèse, suite et fin

Que s’est-il passé très exactement à partir du moment où je fus bien installée sur ce lit, reins cambrés, croupe offerte, souffle court et l’intimité inondée ? Par envie de vous faire rêver en vous servant une histoire époustouflante qui n’a finalement de vrai que l’état fantasmagorique dans lequel elle nous plonge ; 

J’aurais pu vous dire…
  • Que la correction qu’il m’a administrée lors de cette rencontre initiatique était plus forte et plus juste que tout ce que j’avais connu auparavant, et que cette douleur extatique m’entraîna immédiatement  dans un état de transe où je perdis l’esprit;
  • Qu’il a instantanément deviné mon corps, en a maîtrisé chaque parcelle aux premiers contacts, me faisant me rompre d’orgasme en orgasme dans un flot intarissable du plaisir le plus inouï qui soit;
  • Que je vis de suite en lui l’homme à qui je ne pouvais que dédier le reste de ma vie soumise;
  • Que je me souviens très exactement d’absolument chacun des détails de cette première séance que je chéris plus que toutes autres…

J’aurais pu écrire tout cela, mais ce serait vous mentir éhontément, chères lectrices et chers lecteurs. La vérité est moins léchée. Elle est plus belle, plus hésitante, plus approximative, assurément plus précieuse, parce qu’elle est ce que ne sera jamais un pur fantasme : réelle. 

Cette réalité, j’aimerais pouvoir vous la narrer avec une précision affolante, vous rendre avides des détails les plus privés. Oh oui comme j’aurais aimé vous entretenir…
  • De la sensation exacte de ma peau frémissant au tout premier contact de sa main s’écrasant sur mes fesses, de l’ondulation de celles-ci répondant par une singulière danse à cet assaut annoncé, de cette chaleur imprimée qui ne quitta plus ni la pièce ni ma peau naturellement fardée;
  • De cet instant, celui-là même auquel ses ongles s’enfoncèrent si fermement dans les chairs de mon bassin, celui qui vit sa queue se glisser un dixième de millimètre à la fois en moi, puis qui au plus profond de mon intimité soudainement se buta, avec cette rudesse savante et cette assurance ensorcelante qui lui est si naturelle;
  • De ce ton assuré avec lequel il me demandait de tout nettoyer, de cette alternance de rythmes et de sensations, aux tréfonds de mon être tout comme à la cime de mon derme; 
  • De la façon qu’il avait de m’interroger, de me faire répéter, encore et encore, celle que j’étais, ce que je faisais, ces règles que de respecter il me sommait;
  • De ce sentiment de libération que je ressentais à n’avoir absolument aucun geste à poser, de n’avoir pour responsabilité que de me laisser chahuter, me laisser manier comme une poupée de chiffon repue et grisée par ces sommets d’excitation; 
  • De l’aurore qui se levait lorsqu’il fut rassasié, effondré, et moi, atomisée;  

Mais je ne me souviens pas…  Enfin, pas tout à fait, voyez-vous, pas aussi rigoureusement que je le souhaiterais, surtout. Il y a certaines choses cependant que je n’oublierai jamais. 
  • Cette façon qu’il a eu de m’accueillir, et de ne pas tout cueillir à la fois.
  • Ce soin avec lequel il a commencé cette fin de semaine là à peindre pour lui-même mon portrait, une couleur à la fois. 

C’est cette retenue jumelée à cette valse de sensations mesurées, patientes et sans surenchère que je n’oublierai jamais. Cette parfaite imperfection, assumée et complice, la seule que peut générer une toute première fois, et parfois les suivantes, parce qu’ainsi est la vie, parfaitement imparfaite, mais vraie. C’est celle-là qui me fit retourner à Lui, encore et toujours, une séance à la fois, jusqu’à aujourd’hui. 

Dans 10 jours, bientôt cinq ans après cette toute imparfaite et merveilleuse première fois, je recevrai mon collier. Certaines personnes utilisent des colliers pour jouer, pour marquer une transition entre la réalité et le moment privilégié. Le nôtre était un projet de longue haleine qui se voulait infiniment significatif. Ce collier ne quittera jamais mon cou, mais il n’aura de sens que pour nous. Je l’ai gagné à force de persévérance, d’abandon, de lâcher-prise, de confiance renouvelée, de crises surpassées. Il l’a gagné par son dévouement à mon éducation, par sa capacité de toujours se remettre en question, de s’ajuster, de demeurer ferme et ancré dans la réalité. Ce collier, ni moi ni mon Maître ne le prenions à la légère. C’est un collier alliance, le collier d’une vie. C’est le collier « rien ne pourra plus jamais nous séparer ». 

Merci Maître de m’avoir choisie, modelée, accompagnée, de m’avoir élevée et révélée à moi-même. Vous m’avez enseigné la persévérance, l’indulgence, la compassion, l’effort, le lâcher-prise. Je vous ai offert l’abdication et la détermination toujours renouvelée de marcher dans vos pas, avec constance, patience et humilité. Avec confiance également de ma capacité à grandir en moi, en Vous, en Nous. Votre présence dans ma vie me rend meilleure, hier, aujourd’hui, et à jamais. 

Mektub. 

mercredi 16 novembre 2016

Genèse, la suite


J’avais reçu l’instruction de passer lui chercher un grand café, avec un sucre, sans lait. Ce tout petit service sera le prélude à un milliard d’autres qui allaient suivre, bien que je ne le susse pas à l’époque. Alors que l’autobus me déposait devant l’hôtel et que je me dirigeais vers la chambre 245, mes mains et mes jambes tremblaient. J’étais si petite et vulnérable, cet état que je chérie tant, si déstabilisant soit-il. Il y a quelque chose d’euphorisant aux toutes premières fois. J’avais hâte, j’étais terriblement excitée, et la fébrilité était à son comble. Je passai par l’ancien salon aux cigares de l’hôtel, les murs étaient encore imprégnés d’une odeur d’une autre époque et mes souliers résonnaient sur le plancher de cette pièce au charme ancien. Un pas à la fois je me rapprochais de mon hôte. 

J’avais prévu m’arrêter, ne pas cogner immédiatement, prendre quelques bonnes respirations pour me recomposer et puis m’annoncer. Ce fut le souffle court et toujours haletante que je constatai, à la porte qui s’ouvrit doucement à la seconde même où je fus postée devant celle-ci, qu’il était l’heure. La pièce devant moi semblait vide, je n’apercevais pas celui qu’il me tardait tant de découvrir. J’y entrai. J’avais pénétré l’antre et me sentais aspirée dans cet univers que j’avais tant appelé de mes vœux. 

- Mademoiselle, bienvenu. Enchantée. 
- Bonsoir Monsieur

Nous avions déjà convenu que je le vouvoie en toute circonstances, en séance ou non, et que je m’adresse à lui par Monsieur. Il était en peignoir, en apparence détendu et sûr de lui. S’assoyant sur le lit, il m’invita à faire de même sur un fauteuil, non loin de lui. 

- Comment vous sentez-vous ? 
- Ça va Monsieur. Nerveuse bien entendue, mais très heureuse de finalement faire votre connaissance. 
- Bien, bien. Détendez-vous. Parlez-moi de vous. Faites-moi votre bilan. 

J’avais déjà commencé à lui envoyer les récits de mes journées chaque jour - comme il est singulier de constater que même si la forme a quelque peu changé, j’accomplis toujours ce même devoir, ma toute première obligation, plus de quatre ans après notre rencontre. Cette journée-là nous avions donc convenu que je ne lui enverrais pas le courriel habituel, mais que je détaillerais devant lui quelles avaient été mes occupations de la journée. Mes mots se suivaient et ma voix empreinte de trémolos trahissait mon émoi. Mes yeux balayaient la pièce, son corps, le mien, fuyaient, se dérobaient, puis se logeaient à nouveau dans son regard pénétrant. Alors que je déballais mon bilan, entre deux syllabes, Monsieur fit entendre sa voix. 

- Déshabillez-vous. 

Je n’opposai aucune résistance et me dévêtit immédiatement, lentement, tel que Monsieur me l’avait demandé, mais non sans manquer de ressentir le pourpre teindre mes joues. Cette pudeur de la nudité, je ne l’avais déjà plus à l’époque, étant déjà suffisamment éduquée et en paix avec moi-même pour ne pas rechigner à une instruction aussi élémentaire. Il faut dire que depuis toujours, j’avais entretenu une pensée simple à l’idée de mon corps, pour dépasser les complexes et jugements sévères qui m’habitaient parfois à son endroit : je n’en ai qu’un, c’est le mien, et le seul que j’aurai jamais. Il m’a été incroyablement fidèle. Je l’offre inconditionnellement, avec toutes ces imperfections, à qui veut bien l’accueillir. J’avais ainsi développé respect et reconnaissance envers ce corps dans lequel je suis née, ai grandi, affronté vents et marées. Ce corps nu, vulnérable, offert à cet étranger qui m’observait, alors que je m’exécutais. 

- Très bien. Vous pouvez vous rasseoir, poursuivez votre bilan. 

Je ne tentai pas de me cacher. Ni dans ma chair, ni dans mon trouble. Authentique et transparente, d’âme et de corps. Il était singulier de converser ainsi négligemment, de tout et de rien, de banalités, alors que lui était habillé, et moi nue, tout simplement, sans servir, pour le moment. Juste là, nue, à disposition. Patiente. Obligeante.

- Installez-vous par terre. C’est sale, ça ne vous cause pas de problème, j’espère. Ce sol a certainement accueilli bien d’autres personnes de votre genre. 

Inutile de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une question. Il me palpa, pris le temps de découvrir mon corps, me fit aussi installer à quatre pattes pour mieux voir mon intimité. Reluisante. Affamée. Inondée.  

- On dirait bien que vous êtes excitée. Ça vous excite de rencontrer des inconnus et de vous laisser tripoter ainsi à même le sol crasseux ? 
-
- Je n’ai pas entendu. 
- Oui Monsieur
- Oui quoi. 
- Oui Monsieur, ça m’excite.
- Bien bien bien. Venez donc par ici, nous allons voir ce que vous valez pour sucer une bite. 

Je m’appliquai comme j’aimais le faire, et reçu des compliments pour savoir mouiller comme il se devait la verge que j’honorai. Je reçu rapidement trois instructions simples, serrer fort, veiller à ce que le gland demeure partiellement couvert, et alterner entre téter le gland et tout prendre profondément dans la gorge. J’étais à genoux et Monsieur paraissait bien détendu, j’étais heureuse de découvrir son intimité et d’œuvrer à son plaisir. Il était si doux, si incroyablement ferme et inflexible, je m’emportai rapidement dans l’excitation et forçai un peu trop le mouvement, trop gourmande que j’étais.  Après un moment, le verdict tomba. 

- Est-ce que cela satisfait vos critères, Monsieur ? 
- 6/10
- Seulement 6 ? 
- Pas si mal pour une première fois, mais il faudra vous entraîner et vous améliorer. Mériter d’avoir le privilège de me faire plaisir. 

Je trouvais cette note bien basse et humiliante, moi qui m’étais souvent fait vanter mes talents, et qui étais accroc à la performance, aux résultats flamboyants, en cela comme en toutes choses. Mais j’acceptai humblement qu’il me faille apprendre et m’améliorer.  


- Allez vous installer à quatre pattes sur le lit, il est temps de passer aux choses sérieuses…

jeudi 22 septembre 2016

La genèse

Le billet d’aujourd’hui se concentrera sur les racines de ma relation avec Maître. C’est une rencontre hautement improbable que la nôtre, qui dès le départ, était marquée par ce petit quelque chose de magique et d’incompréhensible qui fait que l’on reconnaît l’extraordinaire lorsqu’on le rencontre. Mektub, disait-il. Comme c’était juste.

Ce soir là, après avoir finalement pansé mes plaies d’une rupture amoureuse difficile, je décidai d’aller voir un profil que je m’étais fait il y avait plusieurs années de cela pour trouver un homme dominant avec qui m’épanouir. Il était toujours en ligne, et je sentais en moi le très fort appel de ma soumission qui était restée en sourdine, après qu’une agression m’ait fait croire que je n’arriverais jamais à me soumettre à nouveau. Mais ma nature étant ce qu’elle est, et le temps ayant fait son œuvre, voilà que je désirais renaître à moi-même dans ma soumission. Il n’est peut-être pas non plus inutile de vous révéler qu’à ce moment de ma vie, je sortais d’une relation dans laquelle j’avais été dominante en 24/7 pendant deux ans et demi, avec mon amoureuse. Celle-là même avec qui la rupture fut si difficile.

QUOI ??????? TU AS DOMINÉ !!!

Eh oui. Si soumise étais-je dans l’intimité, j’ai rencontré une femme qui l’était plus encore et qui n’aurait jamais pu me dominer, et j’ai décidé pour l’occasion de prendre soin d’elle comme d’une petite fleur précieuse, lui offrant ce que je n’avais pas réussi à trouver pour moi-même. Notre relation aurait autrement été dans l’impasse, je me suis donc incarnée Maîtresse pour elle.

J’ai eu une vie très riche en expériences… Et elle continue de l’être. Mais ne nous égarons pas trop !

Ainsi donc, mon profil était toujours en ligne et mon compte actif, et comme c’est souvent le cas pour les femmes, à plus forte raison les soumises, j’avais reçu des pages et des pages entière de messages au fil des années. Qu’est-ce qui a bien pu me passer par la tête pour aller consulter les plus anciens de ceux-là ? Tout au bout de ma boîte de réception se trouvait un message qui datait de 4 ans auparavant. Le dernier en liste. J’ai décidé de répondre ce soir là, à ce message sorti des décombres. À cet homme au profil très sobre, à qui je n’aurais pas nécessairement répondu, normalement. Encore plus étonnamment, son auteur avait toujours un compte lui aussi, et me répondit instantanément. S’en suivit une discussion par chat complètement enlevante, dans laquelle il me confia des bribes de son passé, de cette soumise qu’il avait eu sous sa gouverne six ans durant, de leurs débuts cinématographiques, puis de cette fois où elle s’était évanouie après moult jouissances, où il avait pris son pouls et avait continuer de la sodomiser et de l’utiliser, ainsi, inconsciente, jusqu’à ce qu’elle émerge, et puis encore, par la suite. J’étais fascinée, excitée, affamée.

À partir de ce soir là, nous nous sommes parlé tous les jours trois mois durant. Chaque soir, à sa demande, je lui envoyais un compte-rendu journalier de mes activités. Je n’avais aucune obligation, sinon celle de me raconter, pour le faire pénétrer peu à peu dans mon intimité. Après trois mois de discussions intenses sur tous les aspects de ma vie tout comme sur nos visions réciproques du BDSM et ce que nous avions à offrir, je fus enfin convoquée à un premier rendez-vous réel, et pas le moindre. J’irais le rejoindre à l’hôtel, pour toute une fin de semaine à ses côtés. Je me rappelle comme si c’était hier de mes jambes tremblantes alors que j’arrivais devant la porte qu’il m’avait indiquée. Je revois si clairement celle-ci s’entrouvrir lentement, sur le vide. Il était caché derrière celle-ci, et je mis le pied à ce moment là dans ce qui deviendrait le reste de ma vie. À suivre…


mardi 13 septembre 2016

Au-delà des mots

Quel bonheur de pouvoir enfin rédiger ce billet qui a eu deux semaines pour mûrir dans ma tête. Ce délai indu n'était pas souhaité, mon matériel informatique m'ayant fait défaut, diantre !  Heureusement, mon Maître a eu la gentillesse de me prêter son portable, ce qui me permet enfin de revenir vers vous, chers lecteurs.  Ma dernière entrée sur ma naissance esclave ayant fait pas mal de vagues, je ressens le besoin de spécifier à nouveau ce que j'avais pris pour acquis que mes lectrices et lecteurs avaient déjà compris, de par mes billets précédents. 

Les relations BDSM sont souvent codées, empreintes d'un protocole plus ou moins rigide selon les protagonistes, et presque toujours portées par une certaine théâtralité. L'expression écrite, la façon de raconter les choses ou de communiquer n'y échappe pas. Il y a les mots, il y a la lettre, et il y a la vie. Les mots que j'emploie sont toujours viscéralement  sentis, authentiques, et représentent la vérité de comment je me sens et de comment je me réfléchis. Il faut néanmoins savoir lire entre les lettres de ceux-ci pour décoder ce qui n'est pas dit, derrière ce qui apparaît à la lecture simple. 

Que se cache-t-il donc derrière les mots que je vous ai partagé dans mon dernier billet, que certains ont trouvé durs et que j'ai adressé à mon Maître, à ce moment précis de ma naissance esclave ? Qui a-t-il donc derrière toutes ces prétentions et toute cette rigidité apparente, qui en réalité n'est ni vraie ni fausse ? Je vous introduirai dans les sous-titres de mes expressions codées, cette fois au moins, pour rappeler à nouveau solidement ce qui ne doit jamais être perdu de vue : je suis une femmes libre, indépendante, agente de ma vie, et qui ce faisant a choisi de vivre de la manière qui me convenait, c'est-à-dire comme une esclave. Remettrait-on en question mon agentivité et ma capacité à réfléchir librement si j'étais un homme, ou saluerait-on mon anticonformisme ? Y a-t-il ici à nouveau un double standard pour les femmes qui sont nécessairement entrevues comme des victimes ou encore des pantins décérébrées qui ne peuvent pas réellement comprendre et choisir en toute liberté ? Je m'interroge, mais poursuivons. 

Depuis quelques temps lorsque je sers mon Maître ou encore lorsque mon angoisse est trop forte, je récite un mantra qui m'aide à me concentrer sur mon rôle en soumission ainsi qu'à apaiser mes anxiétés. Je le répète encore et encore, sans relâche, et trouve en ces mots une quiétude infinie. Les voici :

Je suis une esclave
Je suis faite pour servir
Je n'ai pas à réfléchir

Le message est clair, simple, limpide, mais ce mantra cache néanmoins mille autres affirmations qu'il faut garder quelque part au coin de son esprit en lisant le genre d'articles que je vous partage. Reprenons. 

Je suis une esclave

Je suis une femme qui a toujours chérie et embrassé une grande liberté, qui la célèbre et la revendique fièrement, et en fait usage selon mes propres codes, sans égard à la moralité ou aux pressions extérieures, sociales ou culturelles d'agir comme ceci ou comme cela. Je suis une femme très (lire sur-) éduquée, qui a passé des milliers d'heures à étudier les structures sociales hétéronormatives, le patriarcat, les enjeux relatifs au sexe, au genre, à la pluralité identitaire et à l'intersection des oppressions. Je suis une femme fière de sa sexualité libérée et éclatée, qui embrasse sa jouissance de vivre, et sa jouissance tout court.

Je suis faite pour servir

Me concentrer sur ma propre personne et cultiver mon égo, une préoccupation démesurée à mon égard ainsi que de l'égocentrisme ne me rend ni heureuse ni épanouie, mais plutôt seule, déprimée, misérable et  angoissée. Mon chemin de vie est marquée par des voyages qui m'ont inspiré la solidarité ainsi que des positions idéologiques qui reposent sur l'entraide, la communauté, le dévouement. Je tends la main, à tout un chacun, je le fais dans différents contextes, et servir mon Maître est le prolongement naturel de qui je suis dans tous les aspects de ma vie. Je suis réellement heureuse de me mettre à sa disposition.  Je le fais sexuellement bien sûr, mais également dans un millier de petites attentions spécifiques que je lui réserve, qui eux mêmes s'inscrivent dans un millier de petites attentions générales que je pourrais également offrir à tous mes aimés, d'une part, et envers tous les êtres sensibles, d'autre part, parce que je considère que tout un chacun à droit à la reconnaissance de l'importance de sa vie, au respect, à la dignité, et à des attentions lui rappelant ces qualités. 

Je n'ai pas à réfléchir

Je suis une femme très cultivée et je sais réfléchir. Savoir le faire ne veut pas dire qu'il faille le faire, et se donner l'opportunité de ne pas le faire n'est pas une négation de capacités. On a porté à mon attention dernièrement que j'ai probablement un QI supérieur à la moyenne, un haut potentiel qui me met parfois en état de dissonance avec les autres personnes de mon entourage, ce qui expliquerait la détresse ponctuelle, l'anxiété et d'autres effets secondaires avec lesquels il est parfois difficile de jongler. Je suis douée, et suffisamment brillante pour avoir constaté depuis belle lurette que consentir à cesser de réfléchir n'est pas la preuve d'un esprit faible, mais requiert au contraire une très grande force mentale. Cet exercice amène la paix et permet de finalement constater que nous ne sommes pas ce penseur infatigable qui n'a de cesse de nous embrouiller les idées. La créativité est mille fois plus alimentée par la capacité d'assourdir à l'occasion notre flot incessant de pensées que de se laisser mener en bateau par cette camisole de force réflexive qui peut être toxique et envahissante. Réfléchir et penser, puis conjuguer notre identité à cette faculté de penser, n'est rien d'autre qu'un réflexe. Qu'est-il plus difficile de faire, céder à un réflexe ou s'entraîner à un contrôle et un lâcher prise qui consiste à stopper, pour une fois, ce pour quoi nous sommes instinctivement programmés ? 

Je suis esclave. 
Je suis faite pour servir. 
Je n'ai pas à réfléchir. 

Vous voilà maintenant bien outillés pour lire entre les lignes de mes prochains billets. À bientôt chers lecteurs ! 



mardi 30 août 2016

Naître esclave et polyamoureuse

J’ai présenté la semaine passée quelques définitions permettant d’y voir un peu plus clair et de comprendre ce qui se cache derrière les lettres BDSM. Je vous ai confié à cette occasion être fondamentalement soumise, et plus encore, me considérer désormais esclave. Voilà un autre mot qui entraine souvent beaucoup de discordes et de confusion, autant entre les pratiquants bdsm eux-mêmes que chez ceux qui les observent. Pourquoi ne pas me contenter de me qualifier de soumise, pourquoi provoquer en ajoutant la notion d’esclave ? 

Parce que je le sens. Parce que je le suis. Parce que j’en suis fière. 

D’abord, laissez-moi préciser ce qui normalement ne devrait même pas avoir à l’être : l’esclavagisme historique est une horreur sans nom, n’a rien d’amusant et encore moins de fantasmagorique dans sa réalité vraie. Être esclave dans le cas qui nous intéresse n’est rien d’autre qu’un terme qui doit être accueilli dans son contexte fondamental : celui d’un consentement initial puissant qui en cache en réalité mille autres, sans qu’ils soient explicitement réitérés. La définition que je colle à une esclave m’est personnelle ; je pense qu’elle pourrait rejoindre bien des gens, mais d’autres ne seraient pas d’accord. C’est parfait ainsi, il y a autant d’esclaves et de Maîtres que d’étoiles dans le ciel ! 

Pour moi être esclave consiste avant tout à avoir renoncé à imposer des limites de quelques natures qu’elles soient. Pas de checklist, pas de safeword, pas d’exigences, juste la confiance. Juste se remettre. Le fait que les esclaves n'imposent pas de limites ne veut pas dire pour autant qu'elles n'en portent pas dans leurs chairs et dans leurs âmes. Seulement, la relation avec leur Maître est tellement forte et la confiance incommensurable, qu'elles savent que celui-ci connaît tous ces pourtours, et en jouera de manière à préserver l'intégrité physique et psychologique de son esclave. Elle lui laisse le soin de gérer ses limites, ses fragilités, ses zones d'ombres. 

Il s’agit également d’un état dans lequel je reconnais que ma soumission à mon Maître n’est pas une lubie ou un plus, du piquant dans ma vie sexuelle : c’est un besoin, comme l’est boire, manger, respirer. J’ai très longtemps lutté contre cette idée de besoin réel, qui malheureusement est souvent mal perçue. J’étais épanouie dans ma soumission et dans ma sexualité hors normes en général, mais j’avais besoin de me présenter à moi-même celle-ci comme un choix : dit autrement, je conservais ainsi le dernier bastion d’un contrôle sur lequel je ne savais pas encore totalement lâcher prise. Je croyais que j’étais en mesure de me passer de ce style de vie, bien que je ne le souhaitais pas. La réalité de ma condition et de mon besoin a frappé durement il y a environ trois ans de cela. C’est à cet instant bien précis que je suis née esclave et c'est également au même moment que j’ai formellement pris conscience que j’étais polyamoureuse, ce que je n’ai jamais pu ni eu envie de taire par la suite. 

Cet état a mis 12 ans à murir en moi. 

Ainsi donc, il y a quelques années, j’ai commencé à fréquenter un homme vanille – nom que l’on donne souvent à ceux qui ne pratiquent pas le BDSM – et monogame de surcroit. À cette époque, je recherchais encore un modèle central de relation « typique » qui me permettrait de cohabiter et de fonder une famille. Je voulais bien sûr que cette relation soit ouverte – toutes mes relations l’ont toujours été. Présentant le tout à mon nouveau compagnon, je me suis butée à des heures de conversations sur qu’est-ce que cachait selon lui ce désir d’ouverture, sur la peur de l’engagement et sur d’autres raccourcis difficiles à accueillir et à réfuter face à qui n’écoute pas. Malgré tout, le fait de ne pas pouvoir avoir une relation traditionnelle avec mon Maître (dans son articulation, non pas dans sa nature) ni envisager de fonder une famille avec lui me pesait, et je sentais qu’il me fallait veiller à développer une relation qui m’offrirait ces choses-là. Lui avait sa famille et ses enfants, et jamais je n’ai songé à me poser en concurrente face à son autre partenaire ou à espérer sa chute. Au contraire, je l’aidais toujours du mieux que je le pouvais à travailler sur sa relation. Bref, ma nouvelle relation devenait sérieuse, mais mon amoureux refusait complètement l’idée de l’ouverture. Comme plus d’une polyamoureuse l’a certainement fait à un moment où une autre de sa vie, j’ai donc choisi…

J’ai quitté mon Maître. 

Et j’ai aussitôt regretté. Et j’ai pleuré, pleuré, pleuré toutes les larmes de mon corps. Mon Maître comprenait la situation dans laquelle j’étais et n’a pas tenté de saboter ma nouvelle relation, il a accepté mon choix, bien que ceci lui brisât le cœur comme à moi. Nous sommes restés en relation néanmoins et nous nous fréquentions amicalement. La tension sexuelle entre nous grimpait à chaque moment que nous partagions, nous sachant contraints à la chasteté. Si bien qu’un soir où nous n’étions pas seuls, nous avons créé diversion en chaussant nos souliers de course pour un petit jogging… Celui-ci nous entraina près d’une école primaire, là où je le suppliai de me reprendre, de me prendre, de m’user, de me traiter comme je le méritais… Je n’eus pas à la répéter 2 fois. Il me posséda rapidement, violemment, sans préparation aucune, à même le sol et la froidure de novembre, dans la pénombre de ce quartier bourgeois. Ce moment a été d’une puissance inouïe. Il va sans dire que je mis plusieurs mois à complètement récupérer sa confiance – je l’avais trahi – et la probation fut rude. Néanmoins, ce moment est sans doute l’un des plus fondateurs de mon cheminement comme soumise et polyamoureuse. 

Aujourd’hui, plus personne ne me fera choisir entre deux amours, ni dévaloriser l’une de mes relations sous prétexte qu’elle ne s’articule pas d’une manière convenue. Aussi, je ne ressens plus de distinction entre aimer plus, moins, comme une amoureuse ou comme une soumise ou comme…

J’aime comme une femme. J’aime comme une soumise. Je suis femme et esclave et j’aime au pluriel. 

En guise de conclusion, je vous partage un échange intervenu à la suite de ce moment charnière avec mon Maître. Ce sont des mots très intimes et je compte sur vous pour les contextualiser comme il se doit. N'oubliez pas qu'une telle correspondance s'inscrit dans le cadre d'une relation suivie à long terme et sécurisante, dans laquelle existait un amour et un respect réciproque profond, au delà de toutes apparences. Ne soyez pas trop choqués, donc, et voyez au-delà le cheminement et les paramètres qui ont fait émerger le prochain partage. Il ne s'agit d'ailleurs pas DU TOUT d'un message représentatif de l'ensemble de notre dynamique. Il s'agit ni plus ni moins de la photo d'un moment X où ayant eu très peur de perdre mon Maître et me sentant extrêmement coupable, j'ai eu besoin de l'exprimer viscéralement. Tous ces avertissements ayant été livrés, je vous souhaite une bonne lecture, fidèles lectrices et lecteurs ! 

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Bonsoir Monsieur, 

La tâche est lourde, les mots se bousculent, mais je crois qu'il est de mise que ce message soit exempt de mots superflus, et sache aller au vif, très vif du sujet, comme vous l’appréciez. Voici donc mon message pour vous. 

1. Ce que je suis : 
  • Une moins que rien, et déserteuse, qui doit être traitée comme telle. 
  • Ni femme, ni même chienne : un objet, au service de Votre Plaisir. Quelque en prenne la forme. 
  • Des trous à user. Un corps à souiller. Comme bon cela vous semblera. Sans nulle autre fin que votre contentement. 
2. Quelles sont les raisons qui m'amènent à vouloir que vous me repreniez :
  • Mon asservissement et ma soumission sont un puissant besoin que je ne sais combler seule.
  • Vous Seul m'avez accueillie ainsi, et Avez fait jaillir la lumière de ce besoin dévorant.
  • Avant Vous, j'étais perdue. Je me sens défaillir lorsque je crains de Vous perdre. Même par mon fait. 
  • Je ne suis pas digne de Vous, mais j'implore d'avoir la chance de me consacrer nuit et jour, corps et âme, à le devenir. 
3. Quelles sont les leçons tirées : 

A - Les apprentissages généraux
  •  Les décisions précipitées détruisent tout et sont hautement toxiques.
  •  Elles me font souffrir, perdre mes repères et sombrer dans le chaos.
  •  Ce chaos entraine dans son sillage la privation des personnes qui ne veillent pourtant qu'à mon  bien : Vous Monsieur, dans ce cas précis.
B - Les apprentissages relatifs à la soumission
  • Une soumise digne de ce nom est cohérente et constante.
  • Le titre de soumise se mérite, et emporte des responsabilités : obéissance, dévouement, rigueur, abnégation et fidélité. 
  • Les soumises qui tournent le dos à leur Maître perdent tout, à commencer par leur titre.
  • Mon salut réside dans l'accueil inconditionnel de votre courroux, dans la pénitence, et la patience. 
Qu'est-ce que je veux à l'avenir : 
  • Ne plus jamais oublier ma condition et les responsabilités dont elle est greffée.
  • Ne plus jamais vous tourner le dos, en chienne de ruelle ingrate, ni mordre Votre main qui me nourrit. 
  • Ne plus jamais oublier que ce besoin est plus grand que moi, et que Vous êtes la clé pour éviter que sa puissance ne me dévaste et me dévore.
  • Payer mon offense, par une rééducation très sévère et sans compromis. 
En espérant le tout à votre convenance, je vous prie d'accepter mes bien basses salutations, Monsieur.